Amplification massive de la couverture wifi, développements techniques de plus en plus rapides des téléphones et autres terminaux mobiles, l’individu contemporain – urbain essentiellement – peut potentiellement être connecté en permanence. D’une situation où la mise en réseau nécessitait une action, nous entrons dans un monde où la liaison aux réseaux devient un état de fait permanent, où il devient possible d’accéder à des contenus en sa baladant dans la rue tout aussi facilement que devant son ordinateur. Si de nombreuses offres voient le jour proposant des contenus accessibles depuis les terminaux mobiles, ces contenus sont, dans leur grande majorité, de simples transpositions de contenus disponibles par d’autres biais (Internet, télévision numérique, etc.) La question d’une potentielle nature mobile des contenus ne semble aujourd’hui que peu appréhendée par les opérateurs.
Au-delà des évolutions techniques des terminaux, qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui les contenus peuvent se penser dans un cadre de mobilité ? La segmentation de plus en plus poussée des contenus dans les bases de données, le travail d’agrégation et d’indexation effectuée par de grands opérateurs semblent être les éléments centraux pouvant mener à une utilisation mobile des contenus.
La consommation de contenus dans un cadre de mobilité ne conduit-il pas à dessiner de nouveaux rapports à l’espace et au temps ? Partout accessibles, les contenus mobiles sont par nature ubiquistes, ils ne sont plus liée à des cadres d’usage définis, mais une infinité de cadres d’usages potentiels. En étant dé-placés – sortis d’un lieu d'usage clairement identifié – leur fonction change, devient multiple, protéiforme.
Au-delà, dans un cadre de connexion de plus en plus continue, les contenus mobiles ne sont-ils pas amenés à nous accompagner de manière permanente, à devenir de nouveaux appendices de notre rapport à l’espace environnant ? L’enrichissement de plus en plus massif de l’univers informationnel, la mise en place d’outils de sélection et de personnalisation des contenus disponibles semblent conduire à la mise en ½uvre de ce qui pourrait ressembler à de véritables écosystèmes informationnels.
Naturellement, ce type de perspectives pose des questions, sinon éthiques, du moins d’usage. Quel équilibre trouver entre les nécessités de rentabilité des opérateurs et les risques d’intrusion dans des espaces, certes numériques, mais de plus en plus personnels, entre une diffusion agressive des contenus et une demande de consultation maîtrisée ? Comment, dans un cadre où tout semble organisé, contrôler, intégré, peut-on imaginer paramétrer le hasard ? |