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Territoires informés
date de publication : 05/05/2008
Une recherche sur les territoires d’informations géo-localisées et sur les villes numériques suppose un préalable méthodologique : mieux identifier le fonctionnement des métropoles, comprendre quels usages sociaux, urbains vont s’y développer et quels types de contenus y seront diffusés.
La problématique de l’organisation de ces territoires est centrale : quels modèles de gouvernance peuvent y répondre ? Si ces nouveaux territoires d’informations précipitent de nouvelles acceptions/dimensions de l’espace public – en ce sens, ils ne se construiront pas sans les opérateurs classiques de l’action publique –, il faut néanmoins prendre en considération l’activisme des acteurs privés face à une relative absence de politiques publiques claires. Ce dossier tente ainsi de mieux comprendre quels acteurs peuvent travailler et comment, à la création, la maintenance et si nécessaire au contrôle de ces protocoles, programmes et contenus.

Nous ne souhaitions a priori pas trancher pour une approche « libertaire-libérale » propre au modèle Internet et aux dynamiques 2.0, ni pour une préconisation régulatrice type gouvernementale (ou « Gargantuesque » : cf. article de Philippe Estèbe). Il nous semble falloir prendre en considération simultanément les logiques propres aux TIC et celles des territoires aujourd’hui, pour définir un modèle nouveau qui probablement intègrerait un système de régulation. En effet, une régulation nous semble nécessaire car, pour que ces territoires soient fluides, mobiles, partagés et économiquement viables, ils feront appel à de nouveaux dispositifs gérant une information géo-localisée et probablement comportementale. Ces dispositifs dialogueront avec nos nouvelles « coordonnées mobiles » (adresse IP, lap top, smart phone…). Cette hyper connectivité – et les contenus qu‘elle suppose – posera donc inévitablement des questions de sécurité, de confidentialité, de production, de lisibilité et de représentation même des territoires, donc modèlera de nouvelles formes et fonctions de « vivre ensemble ». Quel principe d’organisation adopter ? Auto-régulation, co-régulation, inter-régulation ? Aujourd’hui l’enjeu nous semble moins d’écrire les règles ou de préciser les résultats à en attendre, que de travailler à l’élaboration de méthodes d’actions coproduites.

Afin de développer ce dossier, nous avons essayé de manière très pragmatique d’identifier les acteurs et de repérer leurs comportements ainsi que les différentes typologies d’études et d’actions sur le territoire. Nous avons rapidement mesuré l’ensemble des glissements concernant la définition des territoires et la volonté croissante pour de multiples acteurs d’influer les politiques locales ou sectorielles. Parallèlement est apparu l’impact profond de nouveaux territoires dématérialisés, territoires d’informations notamment, qui « vivent » avec ou contre, c’est selon, les logiques locales.

Parmi les divergences entre ces types de territoires, l’un des principaux problèmes est certainement le profond antagonisme entre d’une part des systèmes politiques dont la légitimité n’existe que par le territoire (national ou local) et d’autre part les logiques de flux d’informations qui se vivent à l’échelle mondiale et n’ont besoin, elles, d’aucune approche idéologique ni de réelle légitimité.

Ces deux dimensions sont-elles pour autant inconciliables ? Apparemment non car les opérateurs publics commencent à prendre conscience des exigences d’une société numérique omniprésente et à entrevoir comment les TIC participent activement à la valorisation des territoires – tout en précipitant des bouleversements irréversibles. Les acteurs privés quant à eux, cherchent pour beaucoup à intégrer une efficacité au plus près des consommateurs, testeurs, chercheurs, citoyens, donc travaillent à décrire et sérier de nouvelles acceptions des « territoires ». Tous les prétendants à cette action publique cherchent des systèmes plus transversaux et plus efficaces, plus proches et plus globaux pour agir. La plupart de ces acteurs sait que pour répondre aux enjeux des nouveaux territoires, il convient d’assumer la complexité systémique et probablement plus agir à l’endroit de la mise en relation que de la législation. En cela nous reposons les questions de gouvernances. Si ce terme est souvent décrié, car trop flou, utopiste, naïf et consommateur d’expertises, il raisonne aussi comme une possible réponse aux nouveaux besoins rencontrés par nombre d’acteurs. Certaines expériences mises en ½uvre, apportent des éléments de méthode à partir desquels pourraient s’édifier ces futurs territoires d’informations.

Bruno Caillet


AU SOMMAIRE

Note de lecture 1 : « Territoires sous influence, opus 1 et 2 », ouvrages collectifs dirigés par Dominique Pagès et Nicolas Pélissier. (1)
Cette étude montre clairement une convergence de problématiques et propose de voir comment sociologues, politistes, historiens, cartographes… analysent les récentes évolutions des territoires. La synthèse que nous présentons pose un constat qui apparaît transversalement à tous les champs d’expertises : il n’existe plus de définition arrêtée du territoire. Une figure pourrait tenter d’en approcher le dessein : un triangle mobile intégrant une dimension géographique, une autre individuelle (ce que chacun peut y vivre et y projeter) et collective (quels biens communs le territoire offre-t-il à partager ?). Pour « actionner » maintenant un territoire qui se définit d’avantage comme un maillage qu’une simple étendue, il est plus intéressant de penser en termes de relations et de communications que d’injonctions opérationnelles – que le politique réussit de moins en moins à imposer.


Article 2 : Texte intégral de Daniel Béhar, « Les nouveaux territoires de l’action publique » tiré de « Territoires sous influence 1. (2)

Ce texte pose la question du territoire politique attaché à la représentation analogique de la carte. En rappelant comment le territoire est récemment passé d’une approche « contenant » à une approche « contenu », Daniel Béhar montre les récentes évolutions institutionnelles, la création des communautés d’agglomérations et de pays notamment, fondées sur des projets plus pragmatiques que politiques, pour constater que ces nouveaux assemblages flous, concurrents souvent, ne répondent pas non plus parfaitement aux objectifs initiaux d’une modernisation, d’une meilleure transversalité et d’une plus grande efficacité de l’action publique.


Note de lecture 3 : Philippe Estèbe (3) « Gouverner la ville mobile ».
Dans cet essai, l’auteur présente une analyse institutionnelle où les mobilités définissent les nouveaux territoires et où les conditions d’intégration, de regroupement et de coopération de communes notamment répondent essentiellement à des stratégies fiscales souvent opportunistes qui ne traitent que très partiellement des questions fondamentales des mobilités territoriales. Pour expliquer ces phénomènes, l’auteur définit deux modèles, l’un dit de « Gargantua », l’autre plus libéral de ville fragmentée ; il montre les failles de chaque approche pour penser ces nouvelles dimensions de territoires. La synthèse que nous présentons de cette étude montre que l’efficacité, la justice et la démocratie supposent probablement d’inventer de nouvelles formes institutionnelles, plus axées sur la coopération.


Article 4 : Introduction de l’ouvrage « La ville en négociation, une approche stratégique du développement de l’urbain (4) » de Maurice Guarnay et David Albrecht.
Les auteurs présentent le territoire comme le fruit du rapport de force ville / économie et traitent la ville comme une marchandise, résultat d’un investissement et d’un travail de production. Malgré cette attaque provocante et néanmoins intéressante, ils soulignent que la dimension symbolique de la ville n’est pas pour autant sans valeur, surtout si cette recherche s’exerce moins au niveau du patrimoine et du centre que dans les périphéries (géographiques, économiques, symbolique et culturelle). La ville ne serait pas, selon eux, un objet mais le résultat de la mise en ½uvre de stratégies d’acteurs qu’il importe d’identifier et d’accompagner.


Ces différentes « introductions » marquent simultanément une fin et un commencement : nous devrions vivre le territoire dans la dimension de représentation d’une carte anamorphique. Un territoire vivant, mouvant, symbolique, connecté qui se pense moins en termes d’étendues homogènes, de points, limites et tracés qu’en termes de parcours combinatoires et de plis. Probablement ces territoires seront plus horizontaux, ouverts et partagés.


Article 5 : Xavier Comtesse, « Les territoires directs » (5).
L’auteur décrit comment l’entreprise, la société civile et les habitants consommateurs, citoyens, créateurs, adoptent de nouvelles attitudes et perçoivent différemment leur environnement. « Parcourus par les pendulaires, défrichés par les champs médiatique, économique et cultuel, inspirés par les pratiques participatives mais sans véritable gouvernance, démocratiquement élus, et sans frontières précises, ces territoires évoluent rapidement sous la pression de la globalisation, des nouvelles technologies de l’information et de l’ "empowerment" des gens ordinaires ».

Les territoires directs inspirés des pratiques issues de l’usage des TIC et de la mondialisation se jouent à côté du politique. Pour autant faut-il renoncer à les organiser à défaut de les gouverner ? Certainement pas, dès l’instant où ces territoires influent sur l’espace et l’action publics et sur une idée du bien commun partagé.


Notes de lecture 6 : Xavier Comtesse, « Soft gouvernance » et «  Multi stakeholders » (6).
Quelles méthodes d’organisation des territoires mettre en ½uvre ? Dans ces deux ouvrages consacrés aux nouvelles gouvernances, publiés par la Fondation pour Genève, l’auteur montre comment de nombreux acteurs de la société civile, politique ou économique intègrent sur des questions précises un ensemble élargi de « parties prenantes » et avancent dans le règlement de questions communes avec des systèmes d’accords volontaristes, non coercitifs et pragmatiques.


Interview 7 : Benoit Liénard, directeur du syndicat informatique du département de la Charente (SI17).
Nous verrons avec lui, sur une micro échelle, comment concrètement une stratégie informatique partagée peut amener des opérateurs essentiellement publics à penser et à travailler ensemble. Pourquoi l’approche institutionnelle typique ne permet-elle pas de répondre aux nouveaux besoins de l’action publique et comment la digitalisation des territoires et la dématérialisation du service public peuvent-elles répondre à ces questions.


Article 8 : Bruno Caillet, « Les TIC comme leviers de gouvernance des territoires ».
Bruno Caillet essaie d’appréhender de manière prospective comment les problématiques des gouvernances des territoires d’une part et celles des TIC de l’autre, souvent communes, interrogent et intègrent la digitalisation de l’espace comme manière de rendre compte de ces nouvelles dimensions et connexions possibles au sein des territoires. Il tente d’estimer comment ces nouvelles gouvernances peuvent inspirer des espaces d’innovations (technologique, institutionnelle, économique, culturelle…) heureusement intitulés living lab (Finlande et Espagne ont déjà labellisé de prometteuses expériences) et de répondre aux enjeux de transversalité, d’efficacité, de proximité et d’approche globale que posent les TIC et les nouvelles configurations des territoires.


notes
1 - « Territoires sous influence » opus 1 et 2, ouvrages collectifs sous la direction de Dominique Pagès et Nicolas Pélissier, L’Harmattan, 2001.
2 - Ibid.
3 - Philippe Estèbe, « Gouverner la ville mobile », collection La ville en débat, PUF, 2008.
4 - Maurice Guarnay et David Albrecht, « Le ville en négociation, une approche stratégique du développement de l’urbain », L’Harmattan, 2008.
5 - Dr. Xavier L. Comtesse, article pour ThinkStudio / Creative Commons, 2008.
6 - Xavier Comtesse, « Soft gouvernance » et « Multi-Stakeholders », Fondation pour Genève, 2007.
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